Psychanalyse

Malaise dans la mondialisation

mardi 13 mars 2007 à 20 h

par Sadi Lakhdari, professeur à l’université de Paris IV, hispaniste

Malaise dans la mondialisation

À partir de 1908, avec « La morale sexuelle « civilisée » et la maladie des temps modernes », Freud consacre une série d’articles et d’ouvrages aux problèmes sociaux et politiques. Il s’interroge sur ce qui permet le lien social et fonde une société. La culture, ou la civilisation, ne se construisent qu’à partir du refoulement des pulsions et en particulier des pulsions agressives. Après 1920, il émet l’hypothèse de l’existence de deux pulsions essentielles (vie et mort) qui devraient rester liées pour ne pas provoquer de ravages.

C’est la première guerre mondiale, puis la montée du fascisme et du nazisme, qui sont à l’origine d’une réflexion souvent considérée comme pessimiste sur le progrès et l’évolution du monde. Ces textes qui sont tous en rapport tentent de préciser en quoi consiste ce qu’il a nommé le malaise dans la civilisation (ou la culture). La remise en question des progrès de la science et la résurgence de courants irrationnels dans ce que l’on a appelé le spiritualisme (naturalisme spiritualiste etc.) sont observables dans toute l’Europe occidentale depuis la fin du XIXe siècle, en liaison avec une adaptation et un renouveau des religions chrétiennes. Freud qui est athée et matérialiste pense que la religion est une illusion qui entretient des rapports avec la névrose obsessionnelle et présente des similitudes avec un délire psychotique. Il conclut « l’Avenir d’une illusion » en affirmant que « notre science n’est pas une illusion. Mais ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce qu’elle ne peut nous donner. »
Le problème de la laïcisation de la société moderne occidentale est posé dans une réflexion qui est déjà globale, puisqu’elle concerne nommément l’Europe y compris l’URSS, les États-Unis et les peuples primitifs. Les réponses sont en apparence pessimistes : seule l’éducation et l’enseignement laïque peuvent permettre à l’humanité d’échapper au déchaînement de l’agressivité, à la haine et à la destruction qu’il pressent à juste titre.

Nous nous demanderons si les réflexions de Freud ne résonnent pas de façon singulièrement moderne aujourd’hui et si la psychanalyse ne permet pas d’aborder rationnellement les divers problèmes posés par la mondialisation actuelle qui ne fait qu’universaliser de plus en plus rapidement des problématiques déjà angoissantes au début du dernier siècle.
S. L.

Informations

La programmation du cycle est proposée par Geneviève Morel, psychanalyste, conseillère à Savoirs et clinique, revue de psychanalyse. Dernières publications : Clinique du suicide éd. ERES, 2002 ; Ambiguïté sexuelles-Sexuation et psychose éd. Economica, 2000.

Entrée libre

Partager

Haut de page