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Écran philosophique

L’enfant sauvage : l’attente des commencements

Mardi 27 avril 2004 à 20 h 30

par François Roussel, philosophe

L’enfant sau­vage , de François Truffaut ( France, Espagne - 1969- durée 1 h 30)

La des­tiné du film de François Truffaut, L’enfant sau­vage, est cer­tai­ne­ment moins triste que celle du per­son­nage réel qui l’a ins­piré, mort dans l’aban­don d’une ins­ti­tu­tion qui ne voyait plus com­ment le pren­dre en charge après l’échec de son « huma­ni­sa­tion ». Loin d’avoir été oublié, le film de F. Truffaut est devenu une sorte de réfé­rence péda­go­gi­que assez conve­nue, un « sup­port » montré par les pro­fes­seurs à leurs élèves en raison de sa teneur docu­men­taire : une visua­li­sa­tion nar­ra­tive des rap­ports rédi­gés sur les appren­tis­sa­ges de l’enfant sau­vage, Victor, par le doc­teur Jean Itard (ce méde­cin qui s’en occupa quel­ques années avant de l’aban­don­ner aux soins aléa­toi­res de l’Institut des sourds-muets).

F. Truffaut lui-même, dans diver­ses décla­ra­tions sur la concep­tion et le sens de son film, a pu indi­rec­te­ment ali­men­ter cette vision exté­rieure qui ramè­ne­rait L’enfant sau­vage à un quasi-docu­men­taire - genre qu’il disait par ailleurs ne pas aimer, lui pré­fé­rant sans équivoque le lan­gage de la fic­tion et du roma­nes­que (y com­pris le plus sor­dide). Le fait qu’il ait fina­le­ment choisi de jouer lui-même le rôle de Jean Itard n’a fait que ren­for­cer cette récep­tion didac­ti­que du film, consi­déré alors comme un hymne à la culture, à l’éducation, au désir d’huma­ni­sa­tion qui veut tirer l’enfant hors de son abso­lue soli­tude.

A l’encontre de cette vision ras­su­rante qui incline fina­le­ment à consi­dé­rer au mieux ce film comme une œuvre mineure, il faut réso­lu­ment le réins­crire dans la vio­lence et même la cruauté du cinéma de Truffaut. Le jeu d’iden­ti­fi­ca­tion très cons­cient qu’impli­que le choix d’incar­ner le doc­teur Itard ouvre d’autres pers­pec­ti­ves, notam­ment par le choix « esthé­ti­que » du noir et blanc, en réfé­rence aux ori­gi­nes du cinéma comme pro­messe des com­men­ce­ments. Comme tous les autres films de Truffaut, L’enfant sau­vage est tra­versé de moti­va­tions contra­dic­toi­res et de conflits sans solu­tions, pris entre une volonté pres­que éperdue de reconnais­sance, d’ins­crip­tion dans le monde social et ins­ti­tu­tion­nel (cf. ce que Godard disait de Truffaut juste après sa mort), et le cons­tat d’une vio­lence irré­duc­ti­ble qui est peut-être celle de l’enfance per­sis­tante, loin de toute ima­ge­rie sal­va­trice ou apai­sante.

François Roussel

Informations

Au cinéma Georges-Méliès
Centre commercial de la Croix-de-Chavaux
93100 Montreuil

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