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L’homme nu. Volume 3/3 : Arts de faire

du 24 septembre au 15 décembre 2007

Commissaire d’exposition : Aurélie Voltz
Quentin Armand, Matti Braun, Luca Francesconi, Rolf Graf, Sebastian Hammwöhner, Emil Holmer, Maria Loboda, Mathieu Mercier, Gyan Panchal.

Après Allures anthro­po­mor­phes, consa­cré à la repré­sen­ta­tion humaine et Paysages visi­tés, dédié à l’envi­ron­ne­ment, le troi­sième volet de cette tri­lo­gie entend trai­ter du mode de vie de l’homme. Une col­lec­tion d’objets liés à l’habi­tat, l’outillage, l’arme­ment, la pra­ti­que reli­gieuse ou la super­sti­tion évoquent autant de rituels quo­ti­diens, emprun­tés à dif­fé­ren­tes cultu­res. SI ces objets évoquent par­fois une cer­taine fonc­tion­na­lité, celle-ci est pour­tant entra­vée, biai­sée, réin­ter­pré­tée, ten­dant lar­ge­ment vers la sculp­ture.

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Luca Francesconi
Dreamcatchers
2005-2006
Roue de vélo, corde, plumes
160 x 80 cm
Courtesy Marella Gallery, Milan (DR)

Selon Michel de Certeau, la culture popu­laire se for­mule en « arts de faire ceci ou cela », une manière de penser inves­tie dans une manière d’agir, un art de com­bi­ner indis­so­cia­ble d’un art d’uti­li­ser »*. Bricolages poé­ti­ques, les œuvres réu­nies dans cette expo­si­tion sont en effet issus de com­bi­nai­sons for­mel­les inat­ten­dues, de croi­se­ments cultu­rels bien étranges, d’asso­cia­tions impro­ba­bles d’his­toi­res et de légen­des, mais aussi de rites en deve­nir et d’outils prêts à être acti­vés. Du côté des armes, la « Mobilization Table » d’Emil Holmer pré­sente un atti­rail de bombes insec­ti­ci­des, de haches et de poin­tes, outils qui sem­blent indif­fé­rem­ment tran­chants en métal ou en mousse. Elle est selon l’auteur une réserve d’énergie. La ren­contre de maté­riaux aux anti­po­des ainsi que la mise en ordre rudi­men­taire mais appli­quée des outils accrois­sent sen­si­ble­ment la vio­lence d’un tel dis­po­si­tif. Parallèlement, la sculp­ture de Mathieu Mercier, offi­cieu­se­ment appe­lée le « Fémur », donne le ton d’un maté­riel plus reculé, plus pri­mi­tif, l’os ancê­tre de l’outil. Ce curieux alliage entre une boule de pétan­que et un tube d’acier, liés par une sou­dure sur­di­men­sion­née, répond aux ques­tion­ne­ments de l’artiste quant au prin­cipe de col­lage : quand deux objets sont assem­blés, un troi­sième vient au monde. Face à cet équipement guer­rier, l’œuvre de Rolf Graf peut jouer le rôle d’abri. Quelqu’un semble s’être appro­prié un tas de bois coupé pour s’inven­ter un recoin : une niche en plâtre, imbri­quée dans les ron­dins comme un nid de guêpe vient se ficher dans un mur. Trop petite pour y accueillir un homme, elle déploie pour­tant des accents domes­ti­ques cer­tains, ren­for­cés par une déco­ra­tion inté­rieure miroi­tante. Penchant vers l’arti­sa­nat, les sculp­tu­res cise­lées de Matti Braun ont une his­toire par­ti­cu­lière : autre­fois en Finlande, les hommes avaient cou­tume de réa­li­ser des objets déco­ra­tifs en offrande à leur future femme. Ceux-ci ser­vaient sou­vent aux tra­vaux manuels, par exem­ple pour filer la laine. Ici réin­ter­pré­tées, ces sculp­tu­res por­tent la marque d’orne­men­ta­tions aux ori­gi­nes diver­ses :asia­ti­ques aussi bien que sud-amé­ri­cai­nes. Le véhi­cule de Gyan Panchal, comme sou­vent dans son tra­vail, com­bine des maté­riaux syn­thé­ti­ques à une forme pri­maire. Deux dis­ques aux dimen­sions iné­ga­les sont reliés à un essieu cen­tral, ten­dant à la fois du côté de la com­po­si­tion géo­mé­tri­que que d’une sculp­ture figu­rant l’ancê­tre de la char­rue. Les roues biai­sées et impar­fai­te­ment rondes don­nent l’impres­sion d’un objet ina­chevé, figé, dans l’attente d’une mise en route. Afin de pro­té­ger son antre des mau­vais esprits, les Indiens d’Amérique ont inventé des « Dreamcatchers ». Luca Francesconi a recom­posé ces filets censés fil­trer les rêves pour ne rete­nir que les bons, à partir d’éléments issus de sa région natale, dans la vallée du Pô. Animaux, plan­tes mais aussi roues de vélo et corde en nylon don­nent le ton d’un monde contem­po­rain popu­laire ins­crit dans un envi­ron­ne­ment natu­rel et buco­li­que, à la fron­tière d’un fleuve. L’arran­ge­ment des char­dons sur les rayons évoquent autant de cons­tel­la­tions noc­tur­nes. La ren­contre de maté­riaux contem­po­rains et tra­di­tion­nels est également le point d’ancrage de l’ins­tal­la­tion de Sebastian Hammwöhner, com­bi­nant une chaise en plas­ti­que brûlée en son centre, un quartz et une peau de bête cousue main, sur laquelle elle repose. Cet étrange arran­ge­ment, com­pre­nant une pierre pré­cieuse en lieu et place de l’homme et un élément animal relève pres­que de la sor­cel­le­rie. Enchevêtrement de tech­ni­ques arti­sa­na­les, de folk­lore et de mytho­lo­gie, son tra­vail croise les his­toi­res, les tra­di­tions cultu­rel­les et les réfé­ren­ces à l’his­toire de l’art. Le « Collier de géant » de Quentin Armand, figu­rant une immense amu­lette, se place davan­tage du côté de l’ima­gi­naire que de la super­sti­tion. Venu sans doute d’un hasard de forme et de situa­tion, le col­lier est un sup­port à la rêve­rie, ouvre des espa­ces nar­ra­tifs emprunts de poésie désin­volte. C’est également avec une pointe de légè­reté que Maria Loboda aborde le domaine de la mytho­lo­gie chi­noise. L’ins­tal­la­tion « What will happen ? », asso­ciant un par­quet aux motifs divi­na­toi­res I-ching et une tasse faite dans le noir conte­nant des feuilles de thé aux ombres de la nuit, a pour fonc­tion de poser une ques­tion à l’oracle, chaque fois dif­fé­rente selon l’expo­si­tion. Selon l’ hexa­gramme Hsiao Kuo, « de même que les notes des­cen­dent d’un oiseau en vol, la des­cente est meilleure que l’ascen­sion. De cette manière, une grande for­tune advien­dra ». Espérons que cette jolie pro­phé­tie de « L’homme nu » s’accom­plira.

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Sebastian Hammwöhner
Untitled
2006
chaise, fourrure
200 x 126 x 83 cm
Courtesy galerie Meyer-Riegger, Karlsruhe (DR)

Privilégiant la ren­contre et l’échange, « L’homme nu » pré­sente des œuvres sous le signe d’une lec­ture anthro­po­lo­gi­que, dans une notion de redé­cou­verte de formes, de cultu­res, ances­tra­les ou contem­po­rai­nes, avec une atten­tion cen­trée sur l’homme : sa repré­sen­ta­tion, son envi­ron­ne­ment et son mode de vie cons­ti­tuent les trois volets de cette pro­gram­ma­tion. Oeuvres in situ, sculp­tu­res, des­sins, objets, vien­dront, de manière abs­traite, concrète, ima­gi­naire et poé­ti­que recom­po­ser un pay­sage uni­ver­sel, à la croi­sée de cultu­res, tout en ana­ly­sant leurs méca­nis­mes.

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Maria Loboda
A study of Pure Curiosity
2007
tasse d’argile faite dans le noir, thés, cuillère
Courtesy Frankfürt am Main (DR)

L’inti­tulé « L’homme nu », emprunté à Claude Lévi-Strauss, pro­pose d’envi­sa­ger l’homme dans son état le plus simple, comme un man­ne­quin que l’on habille, les dif­fé­ren­tes stra­tes jouant le rôle d’impres­sions suc­ces­si­ves de civi­li­sa­tions, de cultu­res, de pra­ti­ques com­mu­nau­tai­res ou d’usages sociaux. Un homme sous influen­ces indif­fé­rem­ment pro­ches ou loin­tai­nes, aussi bien géo­gra­phi­que­ment qu’his­to­ri­que­ment. Plus qu’un sujet, l’anthro­po­lo­gie est ici abor­dée de biais. Comme un nou­veau regard, elle révèle un cer­tain nombre d’œuvres ayant trait à une appro­che sen­si­ble de l’homme. De ce point de vue, les artis­tes invi­tés, issus d’uni­vers forts dif­fé­rents et ne par­ta­geant pas néces­sai­re­ment la même vision sur la société humaine, sont réunis par les œuvres pré­sen­tées.

* Michel de Certeau, « L’inven­tion du quo­ti­dien », Coll. 10-18., Paris, 1980

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Quentin Armand
Collier de géant
2005
Disque de mélèze, piton, corde
68 x 14 x 300 cm
Courtesy de l’artiste (DR)
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Mathieu Mercier
Sans titre, 2005,
Acier et boule de pétanque,
7,2 X 73.5 X 11,5cm,
Courtesy Collection Philippe Decrauzat,
Photo : A.Morain (DR)

Ressources

  • Télécharger : Dossier pédagogique (PDF – 332.8 ko)
  • Informations

    Entrée libre

    Visites accompagnées gratuites tous les vendredis à 19h (sur inscription) et à tous moments sur simple demande à l’acceuil.

    - Pour tous renseignements : Floriane Benjamin

    Institut polonais

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