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Ce qui force à penser...

par Annie Agopian - janvier 2003
Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. -Sénèque-

À l’annonce de la décou­verte d’une nou­velle galaxie, d’une par­ti­cule encore plus élémentaire, ou encore de la dua­lité ondes-cor­pus­cule cer­tains s’émerveilleront du pro­lon­ge­ment encore plus loin de l’infini du macro­cosme et du micro­cosme, comme venant suren­ché­rir l’inex­pri­ma­ble déjà pré­sent dans l’être. D’autres diront “qu’est-ce que cela va chan­ger pour nous ?”
Que ces deux modes, “d’être au monde”, exis­tent depuis la nuit des temps, voilà un écart. Alors, “que faire” ?

Que faire face à la fameuse ques­tion à quatre dimen­sions, “d’où viens-je ? qui suis-je ? où vais-je ? que puis-je espé­rer ?”, aussi ancienne que lors­que l’homme a pris cons­cience du pou­voir de sa pensée et qui reste pour nous tou­jours d’actua­lité.
La société de l’imma­té­riel, la modi­fi­ca­tion de notre rap­port au tra­vail et l’émergence « d’un seul monde » : ce sont là trois révo­lu­tions simul­ta­nées et irré­ver­si­bles qui expli­quent en grande partie, nos dif­fi­cultés à vivre la période pré­sente. Jamais autant de bou­le­ver­se­ments auront été amenés à bous­cu­ler nos repè­res, à heur­ter nos men­ta­li­tés.
Il est vrai que l’enfan­te­ment d’une nou­velle société prend du temps, que la per­cep­tion des phé­no­mè­nes n’est pas la chose la mieux par­ta­gée. Et que les men­ta­li­tés évoluent len­te­ment.

Aussi, chaque société engen­dre un type de savoir (ou des types de savoir) où s’exprime (cons­ciem­ment ou incons­ciem­ment) les struc­tu­res, les valeurs et les pro­jets de cette même société. Chaque société a un style ; et ce style se reflète dans sa concep­tion de la connais­sance.
Si le siècle der­nier a mis en pra­ti­que des rêves du siècle pré­cé­dant tels que percer les secrets de la nature et l’avè­ne­ment de l’homme nou­veau, quels sont les rêves que ce siècle va trans­met­tre à l’autre ?

Il ne s’agit pas ici de faire un bilan et de tour­ner la page, mais plutôt, d’iden­ti­fier les points de rup­ture, les liens visi­bles ou occultés, les liens de dis­conti­nui­tés.
Ainsi, si chaque société a un style, quelle est la concep­tion de la connais­sance de celle-ci ?
La notion de connais­sance étant elle-même mul­ti­ple, nous pro­po­sons de l’abor­der au regarde des connais­san­ces des scien­ces humai­nes en nous accor­dant la pos­si­bi­lité de faire quel­ques tours et détours du côté des connais­san­ces scien­ti­fi­ques.
Chaque concept s’est fait chose, chaque idée s’est faite machine. Le geste aurait-il oublié l’inten­tion ?
La phy­si­que a rendu pos­si­ble l’auto­des­truc­tion de l’huma­nité, la bio­lo­gie a rendu pos­si­ble son auto muta­tion.

Au nom de quoi allons nous déci­der de mettre en œuvre ou non les nou­vel­les tech­ni­ques, de la rela­ti­ve­ment inno­cente féconda­tion in vitro aux ver­ti­gi­neu­ses mani­pu­la­tions du génome et au clo­nage ?
Ou plutôt au nom de quoi les refu­ser ?

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