Séminaire

Origine et puissance des normes

mercredi 24 octobre 2007 à 20 h

conférence et débat

en présence de Sabine Prokhoris (psychanalyste) et Frédéric Rambeau, (agrégé en philosophie, ATER à l’université Paris 8).

modération par Vincent He-Say

Force et précarité des normes“

par Sabine Prokhoris, psychanalyste

Telle qu’on a habituellement tendance à la poser, la question des normes sociales semble comme par avance tranchée : les normes seraient ce qui, du monde social, s’impose à nous pour nous formater, et nous adapter aux valeurs dominantes dudit monde social. Face à leurs diktats, une alternative : soumission ou transgression. Soumission sans questions du côté d’une majorité bien adaptée, transgression du côté des minorités révoltées contre ce qui tend à les écraser. Alternative qui fait crédit aux normes d’une consistance et d’un pouvoir dont il convient peut-être d’interroger l’évidence.
Car les normes sont-elles si solides, monolithiques, et en même temps si arbitraires, qu’on aimerait à le croire ? Comment existe une norme, en fait, et comment comprendre le processus de sa modification ? Processus auquel nous assistons aujourd’hui dans certains champs de notre expérience commune, celui en particulier du “dispositif de sexualité”, pour reprendre une expression de Michel Foucault. Le “dispositif de sexualité”, c’est-à-dire l’ensemble des normes qui gouvernent et organisent les discours et les pratiques du sexe dans notre culture.
À partir de l’expérience de la psychanalyse, et de la réflexion qu’elle ouvre sur la puissance et l’instabilité des liens qui nous relient les uns aux autres, articulées à l’usage ordinaire du langage, j’aimerais faire apparaître comment les normes, au premier rang desquelles celles de la sexuation, exerceront d’autant plus d’emprise que leur précarité foncière sera méconnue.

 dernières publications de Sabine Prokhoris :

  • Le sexe prescrit, ed. Aubier 2000, rééd. Champs Flammarion 2002.
  • Fabriques de la danse, avec Simon Hecquet, éd. PUF 2007.
Désir et désidentification" (Deleuze et le masochisme)

par Frédéric Rambeau, agrégé en philosophie, ATER à l’université Paris 8

Tel qu’il est régulé et structuré par les relations de pouvoir, le désir est un site privilégié d’identification à soi. Deleuze et Guattari en proposent une autre expérience, celle d’un processus qui nous déprend de nous-mêmes. Ce processus n’a rien de naturel, ni de spontané ; il doit être construit par une discipline, une ascèse qui en fait la valeur émancipatrice. Le désir, dit Deleuze, et on peut bien le regretter d’ailleurs, ce n’est pas la fête. Je m’attacherai à un aspect de cette ascèse : la dissociation, pour le moins paradoxale, du désir et du plaisir. Deleuze l’élabore à partir d’un cas et d’une pratique, privilégiés dans sa philosophie : le masochisme. Le plaisir empêche le frayage du désir. Il est toujours pour le « moi » une manière de s’y retrouver. Le « travail » masochiste, à l’inverse, en écartant le plaisir et la satisfaction, crée un processus désirant. Mais il indique aussi sa part d’ombre et son danger : un effondrement toujours possible. L’expérimentation du désir ne se fait pas sans risques. Par-delà la fonction économique du plaisir, Deleuze et Guattari ne proposent rien d’autre que la pauvreté des moyens et la prudence du praticien. Mais contre l’injonction à jouir, perverse et dominatrice, contre les fantasmes morbides de destruction de soi, la prudence et la patience, nécessaires au long travail de désidentification, nous donnent la force, et le temps, de ne pas céder sur notre désir.

 dernières publications de Frédéric Rambeau :

  • Deleuze et l’inconscient impersonnel, Cahiers philosophiques, CNDP, octobre 2006, n°107.
  • La volonté de savoir : Droit de mort et pouvoir sur la vie, de Foucault, Michel et Bertrand Leclair, commentaires de Frédéric Rambeau, éd. Gallimard Folio plus, mai 2006.

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