Écran philosophique

Éducation, l’apprentissage en question

jeudi 12 décembre 2019 à 20 h 30

Chaque film, diffusé au Méliès, est suivi d’une courte conférence dont l’enjeu est l’approche d’un problème philosophique, et d’un débat avec le public.

Film > Le Gai savoir, Jean-Luc Godard, 1968
Présenté par Vincent Berne, Docteur en philosophie, Service Historique de la Défense, Vincennes.

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Le Gai savoir
de Jean-Luc Godard

Au printemps 1967, l’ORTF demande à Jean-Luc Godard de réaliser un film d’inspiration rousseauiste sur l’éducation et l’apprentissage, en référence à l’Emile (1762) : un garçon que le lycée incommode se propose de tirer enseignement de ses propres observations, considérant la nature, les gens, la situation historique, les outils de communication. L’emprunt du titre à Nietzsche ne dit que l’allégresse qu’accompagne cet apprentissage. Au printemps suivant, la contestation du pouvoir gaulliste prend un tour insurrectionnel, et, un peu partout, l’heure est à la philosophie, même brouillonne, même ingénue. Il faut désapprendre les représentations communes : à la vacuité observée de l’ordre bourgeois, présenté comme forme de vie par défaut mais « qui fait rimer information et répression, ordure et culture » (voix de JLG), s’oppose la surface vierge du tableau noir (ici, le plateau) par le biais duquel tout doit être réappris. Si par son thème, la rééducation, Le Gai savoir (1969) s’inscrit dans ce qu’il est convenu d’appeler les « années Mao » du cinéaste, c’est à l’althussérisme que le film fait en réalité référence, une doctrine selon laquelle « le marxisme est encore à inventer, comme le sens réappris des actions les plus élémentaires » (Rancière). Mais le fait que le film ait défié la censure (avec l’aide de l’Union des écrivains) est un détail en comparaison des stratégies discursives et stylistiques mises en place.

Cette tentative d’application de la pédagogie althussérienne invite aujourd’hui à s’interroger sur la conception que Godard se fait de l’échange linguistique. Telles qu’elles se donnent à voir et à entendre dans le film, les procédures de questionnement, ou érotétique, gagneraient à être rapportées à un trait distinctif de la rhétorique godardienne qui est de tirer vers l’agonal, plutôt que vers l’irénique, la coopération linguistique et cognitive. Cette tendance se traduit par la subversion contrôlée de certaines règles, qu’elles soient linguistiques, conversationnelles ou qu’elles ressortissent au principe de politesse censé adoucir les interactions verbales.

Informations

Considérer le cinéma comme l’écran de nos pensées, créer de la discussion et du débat sur une œuvre fraichement visionnée, c’est le pari des Écrans philosophiques co organisés par la Maison populaire, le Collège international de philosophie et le Cinéma Le Méliès de Montreuil. Ces rendez-vous donnent carte blanche à un·e philosophe autour d’un film, qui a, pour elle ou lui, une résonance singulière avec le monde qui nous entoure. Chaque film est suivi d’une courte conférence dont l’enjeu est de débattre d’une question philosophique avec le public pour exercer le droit de philosopher à partir d’une œuvre cinématographique majeure.


 Au Cinéma Le Méliès à Montreuil 12 Place Jean Jaurès - Tel. 01 83 74 58 20
 - M° Mairie-de-Montreuil (ligne 9)
Le prix de la séance, conférence comprise :
• Plein tarif, 6 euros
• Tarif réduit, 4 euros (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, retraités, porteurs d’un handicap (+ place gratuite pour un accompagnateur).
• Tarif abonnés : 5 euros

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